Un bâtiment de bureaux correctement isolé et équipé de splits ou de groupes froid peut malgré tout dépasser les seuils de confort thermique plusieurs semaines par an. Le refroidissement des bâtiments tertiaires ne se résume plus à dimensionner une puissance frigorifique : la réglementation impose désormais de maîtriser les besoins de froid et de limiter les degrés-heures d’inconfort, y compris dans le parc existant.
Indicateur degrés-heures et RE2020 : ce que la réglementation change pour le tertiaire
La RE2020 introduit un indicateur opposable de confort d’été, les degrés-heures d’inconfort (DH). Le principe est simple : chaque heure où la température intérieure dépasse un seuil de confort est comptabilisée et cumulée sur la saison. Si le total dépasse la valeur réglementaire, le bâtiment est pénalisé, même si aucune climatisation n’est prévue au programme.
À compter du 1ᵉʳ mai 2026, cette réglementation s’applique à la quasi-totalité des bâtiments tertiaires neufs chauffés ou refroidis : commerces, hôtels, restaurants, établissements de santé, d’enseignement, bureaux, équipements sportifs et culturels. Les exigences sur les besoins de froid sont durcies d’environ 30 % par rapport à la RT2012.
Pour le parc existant, le confort d’été est intégré depuis 2025 dans la définition de la rénovation énergétique performante. Il doit figurer dans les plans pluriannuels de travaux des copropriétés de plus de quinze ans, ce qui concerne une partie du tertiaire en copropriété. Un système de climatisation classique dimensionné uniquement sur la puissance ne répond plus à cette logique : la réglementation pénalise les bâtiments trop chauds, pas seulement ceux qui consomment trop.
Les dry coolers (aéroréfrigérants) constituent l’une des technologies de dissipation thermique compatibles avec cette approche réglementaire, comme le détaille la page : https://hecomodo.fr/nos-fabrications/dry-cooler-aerorefrigerant/.

Freecooling et dry cooler : dissiper la chaleur sans fluide frigorigène
Le freecooling exploite la différence de température entre l’air extérieur et le circuit d’eau glacée du bâtiment. Quand l’air extérieur est suffisamment frais (typiquement en demi-saison ou la nuit), un échangeur transfère les calories du circuit vers l’extérieur sans activer le compresseur du groupe froid.
Le dry cooler (ou aéroréfrigérant sec) est l’équipement qui assure cette dissipation. Il fonctionne comme un radiateur inversé : l’eau chaude du circuit circule dans des tubes à ailettes, et des ventilateurs forcent le passage de l’air extérieur sur ces ailettes. Aucun fluide frigorigène, aucune tour de refroidissement ouverte, aucune évaporation d’eau.
Conditions d’efficacité d’un dry cooler en tertiaire
Un dry cooler ne produit pas de froid au sens thermodynamique. Il dissipe de la chaleur tant que l’air extérieur reste plus frais que l’eau du circuit. Son efficacité dépend directement de l’écart de température disponible.
- En mi-saison (printemps, automne, nuits d’été), le dry cooler peut couvrir la totalité du besoin de refroidissement d’un bâtiment de bureaux à charges internes modérées, sans démarrer le groupe froid.
- En journée de canicule, l’écart de température devient insuffisant. Le dry cooler ne fonctionne plus seul, mais reste utile en pré-refroidissement du circuit, réduisant la charge sur le compresseur.
- Le dimensionnement doit intégrer les nuits et les week-ends : un bâtiment tertiaire inoccupé la nuit peut accumuler du froid dans son inertie thermique si le dry cooler dissipe pendant les heures fraîches.
Cette approche hybride (dry cooler en priorité, compresseur en appoint) réduit la consommation électrique et l’usure du groupe froid sur l’ensemble de la saison.
Géocooling et rafraîchissement adiabatique : deux alternatives au compresseur
Le géocooling utilise la fraîcheur naturelle du sous-sol. En été, la température du sol à quelques mètres de profondeur reste stable, nettement inférieure à l’air extérieur. Une boucle géothermique fait circuler de l’eau dans le sol pour la rafraîchir, puis la distribue dans le bâtiment via des planchers ou des ventilo-convecteurs, sans activer la pompe à chaleur en mode froid.
Le géocooling ne rejette pas de chaleur dans l’air extérieur. Il ne contribue donc pas à l’effet d’îlot de chaleur urbain, contrairement aux unités extérieures de climatisation classique qui soufflent de l’air chaud dans la rue.
Rafraîchissement adiabatique indirect sur double flux
Le rafraîchissement adiabatique indirect fonctionne sur un principe différent. L’air extrait du bâtiment (chaud) passe au travers d’un média humide. L’évaporation de l’eau absorbe des calories : cet air refroidi traverse ensuite l’échangeur de la centrale double flux et abaisse la température de l’air neuf soufflé dans les locaux, sans ajouter d’humidité à l’air intérieur.
Cette technologie est particulièrement pertinente dans les zones à hygrométrie modérée. En climat humide (littoral atlantique en été orageux, par exemple), l’évaporation est freinée et le gain thermique diminue. Le couplage avec une conception bioclimatique du bâtiment (protections solaires, inertie lourde, ventilation nocturne) reste nécessaire pour obtenir un confort satisfaisant.

Sobriété thermique en tertiaire : arbitrer entre technologies de refroidissement
La hiérarchie recommandée par les référentiels techniques suit une logique de sobriété croissante :
- Réduire d’abord les apports de chaleur : protections solaires, isolation, limitation des charges internes (éclairage, équipements informatiques).
- Dissiper ensuite par des moyens sobres : ventilation nocturne, freecooling par dry cooler, géocooling.
- Rafraîchir activement en dernier recours : adiabatique indirect, puis climatisation à compresseur si les solutions précédentes ne suffisent pas.
Un bâtiment tertiaire bien conçu peut couvrir une part significative de ses besoins de refroidissement sans compresseur. Le dry cooler en fonctionnement nocturne, couplé à l’inertie thermique du bâtiment, repousse le seuil à partir duquel le groupe froid devient nécessaire.
La contrainte réglementaire des degrés-heures pousse les maîtres d’ouvrage à raisonner en stratégie globale plutôt qu’en simple choix d’équipement. Installer un split plus puissant ne résout pas un problème de DH si le bâtiment accumule de la chaleur par ses vitrages. Le refroidissement du tertiaire se joue désormais sur l’articulation entre enveloppe, ventilation et dissipation thermique, bien avant la question de la puissance frigorifique.

